Claude Le Roy défend Aliou Cissé: ” Je suis étonné quand j’entends…...

Claude Le Roy défend Aliou Cissé: ” Je suis étonné quand j’entends… “

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Claude Le Roy, technicien qui se dit plus emballé par le jeu qui va de l’avant. Pour «L’Observateur», l’actuel sélectionneur du Togo, sans doute le plus Africain des Français, dresse le bilan du Mondial Russie 2018, avec un regard particulier sur les ambassadeurs du continent africain.

 

Qu’est-ce qui a fait la force de la France, championne du monde 2018 ?

C’est un entraîneur d’une qualité rare. Deschamps a été beaucoup critiqué. Je l’ai défendu depuis le début, parce que c’est quelqu’un de cohérent, structuré. Je pense qu’on a fait quasiment des procès d’incompétence sur lui avant la Coupe du monde. J’étais stupéfié. C’est quelqu’un qui aime le jeu, qui aime le foot et qui aime les joueurs. Il sait exactement de quel groupe il dispose. Ce n’est pas par hasard qu’il va toujours très loin dans toutes les compétitions. L’Equipe de France va être meilleure maintenant. Elle est dépoussiérée d’un poids lourd qu’était une défaite en finale de l’Euro. Ils sont champions du monde, je pense qu’ils vont commencer à bien jouer. La France n’a pas gagné la finale en étant brillante. Mais réaliste et efficace. Maintenant, il faut commencer à savoir bien jouer sans faire la possession à l’Espagnole.

Durant ce Mondial, les grandes équipes, comme l’Espagne et l’Allemagne… qui misaient trop sur la possession, n’ont pas été au bout. Est-ce une page qui se tourne pour ce style de football ?

Faire circuler le ballon et circuler ça devient un cercle. J’étais déjà sélectionneur au Sénégal, quand je disais ça : qu’est-ce que la circulation du ballon ? Ça ne veut rien dire. Le football qu’on aime est un football qui va de l’avant, généreux et où l’on prend des risques. La possession du ballon à l’allemande où Boateng et Hummels (défenseurs centraux) se font 79 passes dans le match, est un football qui m’endort. Je ne le préconise pas. Je préconise un football de possession, mais de possession vers l’avant. Pas un football où l’on fait circuler le ballon, on tourne en rond.

Cette Coupe du monde vous a-t-il conforté dans vos certitudes, vous qui disiez souvent que pour gagner une compétition majeure, il faut un grand gardien de but ?

Je n’ai pas arrêté de le répéter : Lloris (France) qui, avant la Coupe du monde, demandait ce qu’est une boulette, a eu la réponse ce soir (hier, en finale contre la Croatie). C’est une boulette (le deuxième but des Croates). Mais il a fait une Coupe du monde exceptionnelle. Thibaut Courtois (Belgique), Subasic (Croatie), Pickford (Angleterre) ont également fait une Coupe du monde exceptionnelle.  Ils ont été des gardiens de très grand niveau. Quand j’ai gagné des compétitions, je n’étais pas forcément le meilleur sélectionneur, mais j’avais forcément le meilleur gardien. Je reste fidèle à ma conception du football.

A ce niveau, les équipes africaines ont-elles du travail à faire afin d’avoir de grands gardiens ?

J’en suis sûr : il faut véritablement créer des écoles de gardiens. Il faut que les fédérations se rendent compte que le gardien de but, c’est 30% de l’efficacité d’une équipe, mais c’est un poste très souvent négligé. Je me bats pour ça depuis toujours. Il est temps que les responsables africains fassent des efforts sur les éducateurs locaux, leur fassent signer des contrats et les mettent dans de bonnes conditions. Ils ont suffisamment de compétence pour faire progresser les jeunes.

Du point de vue du résultat et du jeu, comment jugez-vous la participation des équipes africaines au Mondial ?

Elle est décevante en résultat, mais pas forcément en prestation. L’Egypte, sans Salah, n’est plus la même équipe. Le Nigeria a montré beaucoup de bonnes choses, le Maroc, pour moi, a été volé. Le Sénégal aurait dû aussi se qualifier. Beaucoup pouvaient postuler à être là à l’arrivée. Ça s’est joué à peu de chose : la pièce est tombée du mauvais côté pour les équipes africaines, même si la Tunisie a été en dessous. Le Nigeria, le Maroc, le Sénégal ont montré qu’ils étaient au niveau des meilleures équipes. Le Sénégal est sorti sur des cartons jaunes. J’aimerais bien voir comment ils ont pris ces cartons. Est-ce que le comportement du Japon dans son dernier match ne méritait pas trois ou quatre cartons jaunes ? Ils ont insulté le football dans leur attitude. Le niveau se ressert, il n’y a plus de score énorme comme il y en avait avant. Mais il y a encore du boulot à faire sur la durée : il faut garder les entraîneurs longtemps. Je suis étonné quand j’entends les critiques sur le pauvre Aliou Cissé. J’ai le sentiment qu’il a fait un remarquable travail. Il faut continuer à l’aider plutôt que de lui chercher des poux dans la tête. Le Sénégal a montré que c’était une équipe très coordonnée, très structurée, la même chose pour le Nigeria et le Maroc. Il manquait peu de chose pour que ces équipes passent aux huitièmes.

Les équipes africaines n’arrivent pas à passer les quarts de finale. Et cette année, aucune d’entre elles n’est allée en huitièmes de finale. Que doivent-elles faire pour passer un cap ?

Il faut travailler sur les jeunes, mais les vrais jeunes. On ne triche pas sur l’âge. On ne donne pas des dates de naissance bidon, dès qu’il y a une compétition des moins de 17 ou 19 ans qui arrive et qu’on travaille sur l’âge réel des jeunes comme nous sommes en train de le faire au Togo sur 10 000 enfants. Peut-être qu’on perdra les compétitions de jeunes, mais on formera de vrais jeunes. Il faut arrêter de gagner des titres de champion du monde en Afrique avec des joueurs qui ont cinq ou six ans de moyenne d’âge de plus. On voit qu’à l’étage au-dessus, ils disparaissent. Ça n’apporte rien. C’est à ce niveau qu’il faudra être d’une grande rigueur. Il faut mettre le paquet sur la formation. On voit quelquefois des finales mondiales avec des équipes africaines, mais il n’y a rien au-dessus. Donc, il faut trouver l’erreur. Il y a de la triche. Il faut investir sur les jeunes, sur la qualité des terrains et la formation des entraîneurs, des médicaux et paramédicaux. C’est comme cela qu’on franchira des paliers. Le terrain, c’est l’outil de travail. S’il n’est pas bon, le travail ne sera jamais bon.

 

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